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Corée du sud - Hupo Port


de cbrog, 21-08-2005

Chantier Naval Vs Big Boss


Je suis arrivé à Hupo Port en début d’après-midi, le 13 août. Une chaleur écrasante ne me donnait pas envie d’aller à la recherche d’un lieu pour dormir en trimballant mon sac à dos. Je l’ai donc laissé à la gare routière sous la surveillance du chef de gare et j’en ai aussi profité pour mettre en recharge portable et appareil photo. Trop sympa ces Coréens.

Me voilà partie à la découverte de cette ville (7.000 habitants) et surtout à la recherche d’un camping officiel, n’ayant pas du tout envie de réitérer mon exploit de Gyeongju.

Je cherche un peu et comprends vite que la ville est séparée en deux zones bien distinctes, l’une réservée au « tourisme », l’autre à l’industrie.

Du côté du tourisme, je trouve un premier camping et malgré le panneau certes en coréen, mais tout de même très explicatif, je demande le prix à un gars qui a sa voiture garée à côté de l’entrée.
En fait il n’était pas tout seul, et un second gars sort de la voiture. Ils font tous les deux un bon mètre soixante quinze, pèsent plus de 180 kg (à deux) et ont de nombreux tatouages sur tout le corps. Le genre pas tibulaire tu vois mais presque comme dirait Coluche.
Bref la discussion est engagée et l’un d’eux m’explique ce qu’il y a d’écrit sur le panneau, à savoir 5.000 Won (4 €) pour rentrer plus 1500 Won par nuit, les douches sont en plus (5.000 Won). Bien décidé à faire des économies, je souffle un peu pour signaler que je trouve cela cher, et là immédiatement, le gars qui vient de me donner les tarifs me dit de venir avant la tombée de la nuit avec mes affaires et que je vais pouvoir m’installer gratuitement, que pour moi c’est « no money »… Je réponds que oui, mais bien sûr et je les quitte bien décidé à trouver autre chose. Oui mais voilà, autre chose y’a pas.

Avant la nuit, je retourne donc au camping et retrouve ce fameux gars qui est au Snack de la plage, visiblement son bisness. Dès qu’il me voit, il se lève et vient à ma rencontre. Comme il veut m’indiquer une place de camping et qu’il est pieds nus, il attrape un gars qu’il connaît et qui passait par là au mauvais moment et il lui pique ses tongs. Il m’emmène à une place correcte et siffle le gars qui a perdu ses tongs pour qu’il aille me chercher un carton à placer sous la tente afin que le sol ne soit pas trop dur. Je commence à m’installer, ils s’en vont.

Un quart d’heure plus tard, le gars revient avec une jeune fille plutôt mignonne et court vêtue. Un peu comme Perrette. Il se pose à côté de ma tente, m’appelle et m’offre un café que la jeune fille (qu’il me présente comme sa « Beautiful Sister ») nous sert, à lui en premier. Le café est bu, le gars me dit de venir après au Snack puis ils repartent, le gars file un billet à la fille…

J’achève de m’installer et commence à me préparer à manger. Là un couple passe et vient me parler en coréen, comme je comprends rien, ils repartent et vont voir une autre tente.

Je termine de manger et après une douche que je resquille, je vais au Snack voir ce qui se passe.

Big Boss, c’est ainsi que je l’ai baptisé depuis qu’il m’a dit faire partie de la "Coréan Mappia" (Les coréens n’ont pas les sons « F » et « M », ils emploies donc le son « P » et « B » à la place) ; donc Big Boss est avec son pot tatoué d’un immense dragon qui démarre de sa cheville gauche pour remonter jusqu’à sa cuisse et il semble très heureux que j’ai accepté l’invitation de tout à l’heure. Cette première soirée en leur compagnie est plutôt simple et sympa. Ils me parlent essentiellement en Coréen, Big Boss surtout, mais par ce qu’il a épuisé les quatre mots d’anglais qu’il connaissait, je réponds que je ne comprends rien malgré de nombreux efforts.
De temps en temps il me demande si je veux du Coca ou une autre boisson, gentil et généreux quoi, comme tous les Coréens. En fait ces gars me rappellent les gars du Panier (quartier de Marseille), et Big Boss en particulier me fait penser à Raouf quand il m’offrait des morceaux de schit pour m’accrocher comme client.


Le lendemain, je vais voir ce qu’il se passe du côté du port industriel. Là je découvre un chantier naval, dans lequel je rentre doucement au début, mais comme mes deux appareils photos semblent bien acceptés, j’y rentre en plein. Il y a six bateaux de 180 Tonneaux en cours de réparation sur cale sèche. Il s’agit de bateaux dédiés à la pêche aux crabes qui semble être une très grosse activité économique locale si j’en juge par le nombre de bateau identique qu’il y a dans le port et l’emblème du crabe géant à l’entrée de la ville.
Sur l’un des bateaux, les marins sont en train de remettre en état le pont pour préparer la remise à l’eau. La peinture de la coque et des cabines est fraîche de la veille. Les uns déplacent les cordages, un autre jette à terre les cartons, bidons de peinture et autre relique de la réparation et un dernier ajuste les planches en bois des parties du pont qui ont travaillées. Ils font une pause et m’invitent à partager un café avec eux.

Sur les autres navires, une quinzaine d’ouvriers travaillent à la remise en état des coques des navires. Ici la proue de l’un est refaite entièrement, là la poupe d’un autre a aussi été déposé et laisse apercevoir la salle des machines. Quatre personnes y travaillent. D’un côté un ouvrier brûle et découpe au chalumeau les parties de coques récalcitrante. A côté de lui, une meuleuse glisse le long de l’armature pour la nettoyer, de grandes gerbes d’étincelles sont projetées dans tous les sens, parfois à terre, parfois sur les autres ouvriers.
Derrière eux, sur la partie bâbord de la poupe, un troisième homme est en train de placer, d’assembler les nouvelles tôles d’acier qui referment la coque du navire. Plus tôt il a pris les mesures, découpés l’acier au sol, et là il ajuste les pièces entres-elles et ne les fait tenir qu’en mettant quelques points de soudures qu’il pose de l’intérieur. C’est le dernier ouvrier, accroupis sur son échafaudage, qui achève l’assemblage des plaque entres-elles en réalisant les soudures complètes. Son arc électrique ne s’arrête que pour changer les baguettes et ils réalises des cordons rectilignes et parfaitement maîtrisé qui referment définitivement la cale du bateau.

Tout cela se passe au milieu d’un joyeux bordel. Le sol de terre est remplies de détritus en tout genre, morceaux de bois, d’aciers neuf ou rouillé, bouteilles et sacs en plastiques, canettes et reste de repas.

J’ai assez d’images pour la journée, je prends la route du camping. En chemin je remarque qu’il y a un club de plongée dans cette petite ville. Comme j’ai passé mon premier niveau juste avant de partir, je vais voir combien coûte une plongée même si ce ne serait vraiment pas raisonnable pour mes finances.
La plongée : 30.000 Won + Location d’équipement : 30.000 Won soit un total d’environ 48,00 €…

Ils n’ont pas ma taille en combinaison, le problème est réglé !

L’équipe me demande de rester pour partager l’apéro qu’ils sont en train de préparer.

Un poulpe est suspendu à l’armature de la tente, a priori ils ne s’embêtent pas du tout avec les mêmes règles de chasse sous-marine que nous en France. Un gars s’en approche, en coupe deux morceaux, avale le premier et me tend le second. Frais, et très bon.
En plus du poulpe, il y a deux bons kilo de coquillages, du poisson et du Sojo (alcool coréen à base de riz ~ 20/25 %). Il y a toute une équipe qui est là pour quelques jours pour une série de plongée. Ils ont l’air vraiment heureux de ce qu’ils voient en dessous, aujourd’hui ils ont fait trois plongées…


Le soir je retourne au snack de Big Boss. En réalité il s’appelle Tchan Gun et il a 38 ans. L’age est très important en Corée, tout le monde vous demandera le votre, et vous le donnera le siens.
Ce soir ils sont sept et l’un d’entre eux est professeur au club de plongée. Je ne l’avais pas reconnu avec sa casquette et ses lunettes de soleil en plein milieu de la nuit.
Une autre fille arrive dans la soirée. Big Boss me la présente elle aussi comme l’une de ses « Beautiful Sister », et tout comme la première, elle nous sert le café. La seule différence c’est qu’elle parle deux mots d’anglais, aussi j’essaye un échange, mais la foule environnante, troublée que la jeune fille parle anglais la chahute et elle s’arrête de parler. Le café consommé, c’est Big Boss qui me propose de poursuivre la conversation avec la jeune fille. Comme je ne comprends pas tout de suite, la jeune fille me re-explique, un peu gênée. Je ne sens pas la situation très propice aussi je décline l’offre. « Beatiful Sister » s’en va.
Au cours de cette soirée, j’ai fait quelques clichés que j’adore, de ce groupe d’apprentis truands.


Le lendemain j’ai pas mal flemmardé au réveil. Mais quand je me suis décidé à me lever, le surveillant des douches n’était pas là, donc nouvelle resquille.

Il est important que j’arrive à retourner à l’entreprise de réparation des bateaux, j’ai envie de revoir l’équipage et le bateau qui était en cours de finalisation hier. Je pensais avoir compris de ma première discussion avec l’un des marins que le bateau ne serait remis à l’eau que le lendemain, mais aujourd’hui, mauvaise surprise, il n’est déjà plus là.
Un peu déçu, je poursuis mon reportage sur ces ouvriers et remarque qu’un autre bateau reçoit sa dernière couche de peinture. Je ne sais pas si l’équipage ira aussi vite que pour le premier navire, mais j’essaierai de me lever demain matin pour assister à la remise à l’eau.

Je monte sur le pont du bateau qui est en phase de peinture. Le seul moyen d’accès est une échelle d’une dizaine de mètre qui est maintenue au bateau par une corde bleu, couleur de la coque. Le peintre ne fait vraiment pas dans le détail quand il s’attaque à un navire de 180 Tonneaux. La peinture est vraiment fraîche, mes pieds colles quelques peu sur les parties métallique du pont. Je n’ose toucher aux rambardes blanches puisque j’ai vu le peintre finir la cabine de pilotage de cette couleur. Je fais le tour du pont et prends quelques photographies qui me font marrer. Les chiottes tout repeint en bleu, y compris la faïence, les glacières de la cuisine en vert et l’encre qui est restée sur le pont est tachetée de toutes les couleurs qui composent le navire, bleu, vert, blanc et bordeaux.

Je redescends et m’approche d’un groupe en train de travailler à remettre sur rail l’un des chariots supportant le navire qui est partie. Il a dû dérailler lors de la remise à l’eau. Comme il pèse plus d’une tonne et demi, ils utilisent palans, treuils et poulies. Ils ont déjà bien avancé quand une déflagration retentie derrière le groupe. Cela provient du bateau où travaillent les quatre gars que j’ai vus hier. L’un d’eux est à terre. Il s’agit de celui qui découpait les derniers morceaux de tôle. Visiblement il a eu un problème avec son chalumeau et il a été soufflé par l’explosion. Il aura fait une chute d’environ 3 mètres et il indique plusieurs parties de son corps qui lui font mal. Sa cheville gauche, son poigné et son coude droit, il me semble que son visage est un peu brûlé aussi.
Comme son chalumeau est toujours en fonctionnement, et qu’il est tombé au fond de la cale, il est en train de percer la coque. Le chef de chantier cours fermer les bouteilles, puis il va chercher une bombe d’aéro réfrigérant telle que l’on en voit sur terrain de foot dans le sac des soigneurs.

Le gars se relève, aidé par l’un de ses compagnons, ils font quelques mètres, le premier appuyé sur le second, mais finalement un transport s’impose, aussi le blessé finit-il sur le dos de son ami.

Pendant ce temps un autre ouvrier a déjà entrepris la réparation du chalumeau. Le tuyau percé, origine de l’accident, est raccourci d’une vingtaine de centimètres et remis en place avec du fil de fer.

Je sens l’ambiance du chantier se tendre, je préfère les laisser tranquille pour aujourd’hui.


En arrivant au snack, j’ai vu Big Boss partir en voiture avec ce qui semblerait être sa mère et ses deux vrais sœurs. Reste son pot au dragon et trois autres gars. Ils jouent aux cartes, ils jouent de l’argent.
Une troisième « Beautiful Sister » vient pour servir le café. Va falloir que je trouve d’où elles viennent quand même…

Ces gars me font vraiment marrer. Ils ont tous au moins un tatouage du genre guerrier et plusieurs cicatrices sur le corps. Ils m’ont tous dit qu’ils faisaient parties de la « Coréan Mappia » et avoir un gros ventre fait partie intégrante de la panoplie du parfait maffieux local, mais Big Boss qui est revenu, ne veut pas que l’on voit sa graisse sur les photos et l’essentiel de leurs journées passe à regonfler les bouées qu’ils prêtent à tous les gosses de la plage.

Big Boss me file rendez-vous pour le lendemain 9h00… Pas compris pourquoi ? !! ?


Je suis évidement au rendez-vous, mais pas Big Boss. Alors je m’installe au snack et bricole mon site Internet sur mon portable, face à la mer. Cool.
Vers 10h30, Big Boss arrive, la gueule très enfarinée et il est accompagné d’un jeune. Ils démontent le snack.
J’alterne la poursuite de mon travail avec quelques coups de mains jusqu’à ce que Big Boss s’arrête. Il commande du café par téléphone, une « Beautiful Sister » arrive et puis repars.
Nous ne nous retrouvons plus que tout les deux, et j’en profite pour essayer de communiquer avec lui. Sans ses pots qui se foutent de sa gueule, il est plus loquace. Il m’explique que la plage va fermé parce qu’après la fête nationale (indépendance de la Corée – 16 août 1945) il n’y aura plus personne. Il va donc retourner chez lui à Séoul. Ici ce n’est que pour les vacances, se reposer, peut-être son lieu de naissance…
Il me dit qu’à Séoul, il a plusieurs amis qui ont des bars et que lui et l’un des gars qui sont ici, travaillent dans une entreprise de sécurité. L’un de ses pots arrive, fin de la discussion.

Milk-shake, « Beautiful Sister ».

Café, « Beautiful Sister ».

Quasiment systématiquement une fille différente.

Toute une équipe de jeunes est arrivée et Big Boss donne des instructions pour le rangement et le nettoyage de la zone.

Je ne sais toujours pas ce que fait en réalité Big Boss. De ce que je vois, il n’y a pas franchement de trafic et pourtant il dépense un argent fou toute la journée. Les jeunes sont à sa botte et il semble bien avoir un lieutenant qui, quand il est là, s’occupe de tout à sa place.

Le soir cela aura été un grand festin. Viandes et Poissons ont grillés plusieurs heures sur les barbecues. Les boissons (pas trop d’alcool, juste quelques bouteilles de Sojo) ont coulées à flot. Toute l’équipe était là pour partager ce qui ressemblait à un dernier repas.

Je n’ai plus revu Big Boss à la plage après cette soirée.

En effet, la plage s’est fermée dès le lendemain. Même les gardes côtes ont rangés et fermés leur bureau. Sur les quelques jours suivants, les tentes sont parties les unes après les autres et il n’en est finalement resté que trois dont la mienne.

Il ne reste de l’activité que sur le port industriel. Là les ouvriers poursuivent leur travail quoi qu’il arrive, sept jours sur sept. J’ai enfin trouvé un gars qui parle un peu l’anglais. Il m’explique qu’ils sont plusieurs à venir d’une autre ville pour ce travail temporaire, que l’entreprise à gagné un gros contrats et que plusieurs bateaux ont été réparés, il ne sait pas combien au total.
C’est lui qui m’explique qu’ils travaillent tous les jours de la semaine. Il gagne environ 150 $ par jour. Quand je lui dis que je trouve que c’est beaucoup d’argent, il me répond qu’il a déjà travaillé en Espagne pour l’armée coréenne pour 200 $ par jour. Plus tard j’apprendrais d’un étudiant en médecine qui me prendra en stop qu’en Corée tout le monde gagne entre trois et quatre fois plus qu’en France. En revanche il n’y a aucun système de protection sociale.
Un dentiste gagne au minimum l’équivalent de 16.000 € par mois, un salarié d’une entreprise publique paye entre 100 et 300 $ de taxe par mois en fonction de ses revenues, et la TVA est de 10 %. Les entreprises privées ont plus de charges mais plusieurs donnent quand même 15 jours de vacances à leurs ouvriers. Les autres n’ont droit qu’aux 8 jours fériés annuels.

En ce qui concerne les ouvriers du chantier, en général ils ne travaillent que 6 mois de l’année. Là comme il s’agit d’une commande spéciale, cela fait un an qu’ils sont sur place et dans deux mois ils ont finis. Alors ils tiennent la cadence de 10 heures par jours, 7 jours sur 7.


Aujourd’hui, il y a encore eu un problème sur le chantier, toujours sur le même bateau. Le fond de la cuve à mazout s’est percée, et du carburant s’est répandu sur le sol, accompagné d’un épais dépôt. Trois gars ne s’arrêteront pas à midi pour aller manger. Ils resteront jusqu’à qu’ils aient résolu le problème qui consiste à creuser des grands trous pour « cacher » cette pollution et nettoyer la coque avec un jet haute pression pour ne pas laisser de traces. La Corée est un pays qui tri ses déchets ménagers. L’équipe me fait comprendre qu’il ne faut pas que je prenne de photo.
Je les laisse donc à nouveau tranquille et quitte le chantier en emportant une carte de l’entreprise en me disant que j’arriverai peut-être à trouver à VLADIVOSTOK un magasin où je pourrai faire imprimer quelques images que je leurs enverrais.

Je rentre au camping sous la pluie. Elle ne s’arrêtera pas de la nuit. Le lendemain je plie mes affaires et toujours sous la pluie je tente de regagner Séoul en Stop. Se sera fait relativement facilement. Le 21/08 je suis à l’heure à l’aéroport (pas l’avion, il a 5 heures de retard), j’arrive à acheter mon billet réservé par téléphone. Je suis sensé décoller vers 21 heure…

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