
J’ai dû m’absenter de Puquio, ville où j’ai décidé de faire un reportage pour aller chercher des pellicules à la ville la plus proche susceptible d’avoir une boutique disposant des produits que je voulais. Douze heures de bus donc pour rejoindre Cusco, capitale de l’Empire Inca ! A être si près du Machu Picchu, il me semblait évident d’aller y jeter un coup d’œil. Cela faisait partie des sites que je souhaitait voir, donc recherche de renseignements, trajets, opportuinités sur le net pour savoir où, quand et comment y aller… Le Chemin de l’Inca, ou l’Inca Trail, quatre jours de randonnés avec trois cols à plus de 3.500 m, pas mal mais complet pour les quinze prochain jours et un peu hors de prix (200 $, entrée du site incluse). De toute façon, comme me l’a dit l’ami Grégoire, il s’agit d’une autoroute à touriste, donc pas très envie de suivre un groupe de tout triste dont le guide indique les endroits où il faut prendre les photos ; ) L’unique compagnie de train qui dessert la vallée où se trouve Agua Caliente (ville située au pied de la montagne du Machu Picchu) vend des billets économiques aux Péruviens et des billets touristiques aux Touristes. Encore de quoi me faire grincer les dents. J’apprécie le fait que les Péruviens aient une réduction pour accéder aux sites lui-même, mais qu’une compagnie privée s’engraisse sur mon portefeuille, cela commence à être un peu dur. Il y a un itinéraire dit économique décrit sur les sites de voyages, un peu long mais très beau parait-il... En fait un simple bus part de Cusco le matin à 8 heures en direction de Quilibamba, il faut s’arrêter en cours de route à Santa Maria après 6 heures de routes de montagnes. De là prendre un collectivo (minibus) pour Santa Teresa, traverser la rivière sur une tyrolienne, prendre un camion jusqu’à l’usine hydro-électrique et enfin marcher pendant deux et demi environ le long de la voie de chemin de fer qui amène à Agua Caliente. Une vraie balade. Donc le matin réveil difficile, mais réveil. Taxi qui comprend que le terminal où je lui demande de m’amener et la ville que je veux rejoindre ne correspondent pas et m’amène au bon endroit. Guichet, billet, place assise certifiée, ouf ! Fidèle à la tradition péruvienne, le bus s’arrêtera au bout de 3 km pour faire le plein. Je n’ai pas encore vu un véhicule collectif partir sans avoir fait attendre les passagers plus que de raison et s’arrêter au bout de quelques kilomètres pour remplir le réservoir. Mais là, le bus gonfle aussi ses roues, où plutôt l’une de ses roues en particulier. Hum…, pas bon signe. Effectivement quelques kilomètres plus loin, le bus sort de la route pour rejoindre un petit village où il fera réparer en 25 mn la chambre a air de la roue crevée. Je ne sais pas si cela est réalisable sur une moto ou même un vélo. Du coup comme nous ne sommes plus sur la grande route, je peux apercevoir de grandes zones agricoles. Des lacs où se reflètent les montagnes, des champs de bœufs, vaches, moutons, blés et paysannes ; l’une d’entres elles m’a vu prendre une photo et de loin, dans la poussière du bus, me menace de sa faucille. Trop tard, l’appareil est refermé, la menace restera dans le champ. Le bus passera par un col perché sur des montagnes pelées à plus de 3.800 m d’altitude et redescendra dans une vallée verdoyante où se mêlent bananiers, caféier et champs de cultures multicolores. Une femme à mes côtés voyage avec son enfant qui ne doit avoir qu’une paire de mois tout au plus. Je crois comprendre qu’il s’appelle Iquito. Mais Iquito n’aime pas l’altitude, où plutôt l’altitude précise de 3.200 m à laquelle il commence à pleurer, il faut donc lui préparer un biberon. « Combien de cuillère vous me dites ? ». La crise passe. Mais la route se poursuit et comme je vous l’ai dit, elle redescend. A 3.200 mètres, nouvelle crise d’Iquito. Pas de problème, maintenant je sais combien il faut de cuillère, mais si le chauffeur pouvait ralentir ou prévenir dans les virages, cela me permettrait de mettre plus d’eau dans le biberon que sur mon pantalon. Au bout de cinq heures de routes, la mère d’Iquito à trop chaud et décide de me colle l’enfant dans les bras le temps d’enlever son châle, son manteau, et son gilet. Tout d’abord ahuri, l’enfant me regarde de travers et commence à se foutre de ma tête qui elle ne décolle pas de sa surprise. Nous arrivons à Santa Maria où je n’étais pas sûr de trouver le collectivo pour Santa Teresa du fait du détour pour la crevaison, mais le chauffeur du minibus doit avoir l’habitude car il a attendu et fait attendre les autres passagers. Nous nous retrouvons un groupe de 6 Gringos dans la même estafette qui rejoindra Santa Teresa en un peu moins de deux heures. Moi qui aurai aimé souffler un peu après toute cette route de montagne, je n’ai eu le temps que d’attraper mon sac de la soute du bus et le jeter sur le toit du minibus. Les paysages restent magnifiques, quelques motos nous croisent dans la poussière, le ballottement est à son comble. Arrivée à Santa Teresa c’est un peu le désenchantement, nous sommes tous passé par cet itinéraire par ce qu’il est plus économique que le train, mais aussi en espérant trouver quelque chose d’un peu moins touristique que les nombreuses enseignes de guides de Cusco. Peine perdue pour cette partie, Santa Teresa est un vrai village de vacance, toutes les maisons ont été transformées en restaurant et/ou hôtel, repeintes avec des couleurs vives qui ne sont pas du tout dans le ton du pays. Il y en a même quelques unes qui se sont déguisées en bar branché ! Aujourd’hui Santa Teresa fait partie des villes traversées par les randonneurs et à ce titre s’est fortement développée pour le tourisme. Il n’en reste pas moins que l’accueil est chaleureux et que l’un des membres de notre groupe qui s’appelle Lucho, Architecte Argentin de Rosario (cela ne s’invente pas) se lie très vite avec Maria qui est venue nous cueillir à la sortie du collectivo, nous assurant qu’il n’y avait plus de camion pour l’usine électrique et que nous devions passer la nuit ici. De cette complicité que Lucho met en place facilement, il en ressort qu’à Santa Teresa il y a une source d’eau chaude et que si nous attendons un peu nous pourrons aller en profiter sans payer le droit d’entrée. Repas rapide, double bouteille de rhum écumées entre amitié naissante et balade nocturne jusqu’au bassin sans réveiller le gardien. Cela fonctionne à l’aller, nous profitons a fond de cette eau chaude si agréable sous un ciel d’étoiles avec un simple croissant de lune qui parvient pourtant à éclairer le fond du bassin tellement l’eau est limpide. Je dois dire qu’après le froid de Puquio, me retrouver au beau milieu de la nuit dans un bassin d’eau chaude relève d’un vrai instant de bonheur. Le retour sera plus rapide que l’allée, notre bonne humeur aura eu raison du sommeil du gardien, il est l’heure du footing : merde je suis en tong ! Le lendemain matin, nous prenons un peu trop notre temps pour nous préparer. Le café accompagné d’œufs brouillés, le soleil qui nous réchauffe, des enfants qui plus loin jouent aux billes, la chaîne bon marché qui passe de la Salsa. Le top du top, j’ai envie de danser. Nous paierons ce plaisir au bord de la rivière où nous serons plus de cinquante à faire la queue pour utiliser le chariot qui permet de traverser. Quelques ouvriers qui construisent le futur pont regardent tous ces touristes d’un air amusé. Il faut dire que l’ambiance est à son comble chaque fois qu’une fille se retrouve dans le chariot suspendu à 20 mètres au-dessus du torrent. La règle est de laisser passer un groupe de péruvien entre chaque groupe de Gringos. Comme le chariot ne peut contenir que trois personnes, l’attente durera plus d’une heure avant que notre groupe puisse traverser en deux temps. Malheureusement ou heureusement, de l’autre côté, le camion était plein et il est partie. Nous attendons quarante minutes de plus qu’un autre camion arrive. Un camion benne pour vingt kilomètre de route poussiéreuse suivant les courbes de la rivière qui laissera à la faveur de ses méandres quelques fermes s’installer. Des forets de Yuccas, Bananiers, Caféiers et Tombes profitent de ces espaces entre deux crues. Le trajet est drôle et s’anime un peu plus quand le camion s’arrête en cours de route pour compléter son chargement de people. « Mais on est déjà très serré, vous êtes sûr que vous voulez faire rentrer vingt personne de plus ? » Nous (y) arrivons tant bien que mal. Reste le chemin le long de la voie ferrée à faire, il ne devrait durer que deux et demi maximum. Il y a de nombreux guides non officiels qui font passer des touristes par ce chemin, leurs faisant payer les indications qui sont accessibles sur le net. L’un deux se froisse de croire que Lucho est un autre guide non officiel. Il essaiera de nous convaincre que la bonne route est celle qui est à l’opposée de celle que nous voulions prendre et que lui aussi emprunte. Topo, le Salvadorien du groupe se chargera de lui expliquer qu’il doit retourner voir sa Puta Madre et nous foutre la paix. Nous faisons le plein de fruits et d’eau et nous nous engageons le long de la voie de chemin de fer. Il n’y a pas beaucoup de train qui vont jusqu’à la centrale électrique, la marche est donc sans risque, au creux d’une vallée d’où, part trois fois, nous croirons voir le Machu Picchu sans être certain que c’est bien la bonne montagne. Pause photo à chaque impression, nous sommes au moins sûr d’en avoir une de bonne. Nous profitons de cette agréable balade avec Lucho pour échanger quelques titres de livres, des noms d’artistes et d’architectes (pour ne pas froisser quelques amis, je reconnais là que je viens de faire un pléonasme), bref nos goûts, nos plaisirs... Il me présente Tadashi Kawamata, concepteur d’une bibliothèque construite avec quatre cents chaises, je lui répondrais que je rêve d’aller voir Brasilia depuis qu’un ami architecte m’en a montrer des photos, finalement nous tomberons d’accord sur le délice des jambes féminines, pas moins que découvertes sous des jupes volantes et si possible montées sur des chaussures à talons avec une lanière entourant la cheville pour maintenir en place cet hôtel de sensualité. A deux kilomètres d’Agua Caliente nous décidons de faire une dernière pause et de nous restaurer de sandwich au fromage que vendent de vieilles Quechua au bord de la voie. En discutant avec l’une d’entres-elles, je me rends compte que nous sommes juste à côté du pont qui mène au chemin du Machu Picchu. J’ouvre les négociation avec mes amis pour que nous restions ici pour camper et ainsi partir de bonne heure demain matin pour accéder au site dans les premiers touristes. La discussion n’est pas gagnée d’avance, mais quand Lucho qui est retourné vérifier les informations que j’avais glanées, reviens en disant que l’on peut camper pour 5 Soles la tente dans le jardin de Léonarda, l’unanimité s’impose. Nous montons les tentes et partons voir Agua Caliente. Je suis alors bien heureux que nous aillons choisies l’option tente. Cette ville ressemble comme deux gouttes d’eau à une station de ski. Seul le marché couvert local nous rappellera que nous sommes au Pérou. Nous y boirons des litres de jus de fruits fraîchement pressé, y mangerons notre repas du soir et ferrons nos provisions pour l’ascension du lendemain avant de chercher les eaux thermales qui malheureusement n’étaient plus ouverte que pour une demi heure ce qui nous fit y renoncer pour le jour même. Le soir nous convenons que nous devons nous lever à 4h00 pour être devant l’entrée avant 6h00 et voir s’il existe « una entrada économico » comme dit Lucho. Meghan, du Michigan, est la seule qui dispose d’un réveil, elle nous assure de nous réveiller à l’heure. La nuit sera humide, un réveil en catastrophe pour rentrer les pompes et les chaussettes qui pourtant étaient bien mieux en dehors de la tente, la serviette de toilette elle, prendra sa douche durant toute l’averse. Au bout de notre troisième réveil interrogatif sur l’heure, Lucho avec qui je partage la tente sort son appareil photo numérique pour savoir l’heure qu’il est. Cinq heures ! Meghan nous expliquera que comme il pleuvait, elle n’a pas jugée bon de nous réveiller. Nous nous regardons avec Lucho et ce regard n’étais pas terminé que nous avions déjà commencé à partager les provisions achetées la veille, enfilé nos chaussures et prévenu le deuxième couple que s’il voulait se joindre à nous pour la montée ils n’avaient pas beaucoup de temps pour se préparer. Pour ceux qui ne savent pas encore à quoi ressemble la route, Yann Arthus Bertrand a pris une photo de chemin qui monte jusqu’au Machu Picchu. Il y a des escaliers et des sentiers qui permettent de couper ces longs lacés mais qui impliquent une ascension plus raide. Enfournant quelques feuilles de coca dans un coin de nos bouches nous nous engageons sur le chemin et avalons à un rythme effréné les 8 kilomètres qui nous séparent de l’entrée. Quarante cinq minutes plus tard, à bout de souffle, le cœur éclatant, déjà allégé d’une orange et de deux bananes et aillant craché ces feuilles de coca qui m’empêchaient de respirer tellement mon corps cherchait l’oxygène absent de l’air à cette altitude, nous arrivons à l’entrée. Plusieurs bus ont déjà apportés des touristes, mais à cette heure-ci ils ne montent pas à plein. Le guichet est ouvert, tant pis pour l’entrada economico, je paye mon entrée, Lucho entre dans une grande négociation présentant son diplôme d’architecte, sa fausse lettre d’invitation de l’université de Cusco et parlant de la solidarité entre peuple d’Amérique Latine. Vingt minutes plus tard, il ressort déçu, lui aussi a payé plein tarif. Tout est beau à voir sur le site du Machu Picchu, mais comme nous sommes dans les premiers, ils nous semblent évident que nous devons aller en hauteur pour apprécier la découverture nuageuse au moment où le soleil réchauffant l’air de la vallée chassera la couche située juste au dessus du site. Nous avions le choix entre le Machu Picchu qui a donné son nom au site et la Wayna Picchu qui est plus haut. Le second l’emporte d’une longueur de nez d’Inca au moins. Un poste de contrôle est placé devant le chemin que nous voulons emprunter, il faut signer le registre en précisant son nom, son age et sa nationalité. Nous sommes les quatrièmes et cinquième de la journée qui commence à nous inscrire. Trois mexicains sont devant nous. Une nouvelle bouchée de feuille de coca et nous partons à l’assaut de ce pic. Nous tombons les mexicains au bout d’un quart d’heure et poursuivons cette course contre la montre pour nous assurer du spectacle. Dans notre précipitation à chaque embranchement où pourrait se poser la question de la direction, nous prenons systématiquement l’option du chemin qui monte le plus. Cela nous fera prendre le chemin le plus raide, le plus difficile et contenant le plus grand nombre de minuscules marches glissantes. Tout joyeux nous arrivons au sommet croyant que nous sommes les seuls… Trois suisses sont déjà là, visiblement installées depuis un moment ? Pas de question, nous n’avons que la force d’ouvrir nos sacs pour avaler quelque chose. L’énergie laissée dans ces 25 mn d’ascension me fait dévorer les bananes qui me restent jusqu’à en sucer la peau tellement je suis vidé. La magie est au rendez-vous. La vue plongeante permet de dominer non seulement tout le site, mais aussi le mont Machu Picchu et la route qui amène jusqu’au site. Le fond de la vallée est bien loin et notre tente invisible. Nous assisterons une première fois à la découverture nuageuse du site, regardant apparaître le site ensoleillé, bien léché par les nuages. Mais d’autres nuages d’altitude cache parfois le soleil. Cela a pour effet de créer des courants d’air qui ramène et repousse la couche nuageuse inférieure au dessus du site donnant l’impression d’un bord de mer où les vagues vont et viennent, jetant des trésors de coquillages sur la rive. Ici pas de nouveaux trésors à chaque passe des nuages, mais un seul, immense, spectaculaire, incompréhensible et tout simplement beau. Lucho me presse pour que nous redescendions voir autre chose, je m’abandonne à ma fatigue et mon envie de dessiner ce que je vois. Nous nous séparons en prenant rendez-vous pour le coucher du soleil. Tranquillement installé sur mon rocher, je sors mes crayons Amour : - Sève chérie, regarde je suis là ! Sève : - Je ne te parle plus Amour, tu ne m’as pas attendu… tout en gardant mon appareil photo a porté. Deux heures durant, Amour : - Sève, tu as la crème contre le soleil, je voudrais m’en mettre. Sève : - Oui je l’ai, elle est au fond de mon sac, mais je n’ai pas envie de monter où tu es, tu n’avais qu’à m’attendre. je me battrait avec les nuages qui m’empêche bien voir le site et un colibri qui tarde à se placer Sève : - Amour j’ai soif, c’est toi qui a la bouteille d’eau ? Amour : - Oui Sève, attends je te l’apporte. Sève : - Non Amour, ce n’est pas la peine, nos amis en ont. Amour : - Tu as vu comme je suis bien élevé chérie ? J’allais te l’apporter. Sève : - Tu comprends rien Amour, ce n’est pas de l’éducation, c’est de la galanterie. entre mon objectif et le site pendant que les groupes de touristes rougeoyants se succèdent. Amour : - Non Sève, si tu prends une photo, il faut bien remettre le cache devant l’objectif. Sève : - Chérie, si nos amis me permette l’expression, je vais te dire que tu es un peu casse cou… Brog : - Oh, tu t’es cru à la Criée ou quoi ?
Le calme ainsi retrouvé, je termine de profiter de cette vue magnifique et donne le dernier coup de crayon à mon dessin que je trouve raté. Cela me donne envie d’aller en faire un autre, plus simple à réaliser. Je prends un chemin qui part depuis le sommet du Wayna Picchu jusqu’au temple de la lune. Je marcherai une heure durant sans rien trouver comme ruine. Je fais donc demi-tour et retourne jusqu’au poste de contrôle où il faut signer le registre pour sortir. Il est 14h00, deux cents huit personnes sont passées par là depuis ce matin 7h00, heure de mon premier passage. Le reste de la journée n’est qu’enchantement sur le site. Je me plais à faire autre chose que la photo traditionnelle du site, les terrasses et roches donnent libre court à mon éternel et sans danger graphisme. Après que le soleil se soit caché derrière les montagnes, je n’arrive pas à rejoindre Lucho sans me faire remarquer par le seul et unique gardien qui s’occupe de ramener les touristes à la sortie. Je ne pourrai donc pas faire de photo du site de nuit tel que je me l’étais promis. Je redescends dans la vallée, me traîne jusqu’à Agua Caliente. Avale un litre de jus de Papaye pour me donner la force de monter jusqu’au Eaux Thermales où je vais volontiers me noyer. De retour à la tente je retrouve Lucho qui m’explique qu’après avoir vu le coucher du soleil depuis le pont de l’Inca où un randonneur de L’Inca Trail a demandé à sa fiancée de l’épouser (…), il s’est retrouvé enfermé dans le site et à dû escalader le portail pour sortir. Nous convenons que le lendemain nous rejoindrons Urubambay à pied en partant de bonne heure, lui par ce qu’il veut voir plusieurs sites Incas avant de retourner en Argentine, moi par ce que j’ai envie d’être à Cusco pour la chaude soirée des élections histoire de me dérouiller l’œil et l’index… La route est simple, il s’agit de suivre la voie ferrée dans le sens opposée à notre arrivée pendant trente et un kilomètres (du kilomètre 113 au kilomètre 82). Ensuite nous aurons des bus économiques pour la suite de notre voyage. Nous nous levons à 7h00, passons rapidement au Marché (km 111.5) et nous engageons sur la voie. Nous croisons des ponts datés de 1928 (km 107), un autre site Inca avec terrasse de culture et maison de pierre (km 103), une vieille qui transporte le bois qu’elle vient de couper dans la forêt (km 101). Au bout de deux heures nous devons reconnaître que le parcours est difficile, nous faisons notre première pause (km 98), des porteurs de l’Inca Trail passe devant nous avec des chargements impossible à transporter et pourtant certains courraient pour rejoindre les premiers, tout en mordant dans un concombre, leur coca à eux ( ?). Plus loin (km 96) nous rencontrons un belge qui a eu la bonne idée de faire le parcours en sens inverse mais en oubliant de prendre des chaussures à semelles dures. Il se ruine donc les pieds depuis l’aube, s’est fait lâcher par ces copains, n’a pas d’eau, pas de fruits et pour seul produit énergisant une grande bouteille de coca cola de deux litres… Puis se sera le tour d’un paysan en chemise Hawaïenne qui chasse son cochon de son potager (km 95). Longue pause restauration près de la rivière qui coule en contrebas de la voie ferrée (km 92), où nous refroidirons nos pieds. J’ai les épaules complètement meurtries mais la balade est vraiment belle. J’explique alors à Lucho que quand j’ai quitté mon hôtel à Cusco, une embrouille avec le veilleur de nuit pour deux soles m’a contraint à garder toutes mes affaires et ne rien laisser en gardiennage. J’ai donc mes livres, ma centaine de films, ma cantine et plus de linges qu’il n’en fallait pour ces trois jours. Ce matin mon sac devait bien faire 18 kg, à l’heure qu’il est il pèse une tonne au moins. Cela fait maintenant plus de 7 heures que nous sommes partis d’Agua Caliente (km 91) et j’ai me rend compte que je vis à un bras de mer de l’Afrique et à plus de 10.000 km de l’Amérique du Sud… En principe je dois prendre un avion le 03 juillet de Caracas pour rejoindre le Maroc… (km 90) En principe… Bon après tout je dois pouvoir dans quelques mois m’acheter un billet d’avion… Et puis rester en Amérique du Sud jusqu’au mois d’Octobre (km 90.5) devrait me permettre d’apprendre l’espagnol… OK j’ai quelques rendez-vous en Afrique, mais j’avais prévenu que je partais sans trop savoir ce que je faisais de mon voyage… Et puis d’abord venir jusqu’ici, au kilomètre 89 de cette voie ferrée et repartir sans voir la Bolivie que tout le monde me site, le Chili, l’Argentine et Ushuaia… C’est trop bête non ? En plus Lucho m'a invité chez lui en Argentine, alors... Nous arrivons à une gare (km 88), quelques boutiques un autre site Inca et un poste de contrôle de la réglementation de l’agriculture où deux gendarmes des champs nous expliqueront qu’il est interdit de marcher le long de la voie ferrée. Comme nous ne sommes qu’à six kilomètres de l’arrivée, ils nous laisseront continuer dans le même sens. Les deux Suisses Allemands qui arrivent de l’autre côté n’auront pas cette chance. Nous nous traînons de plus en plus (km 86) : Tout est prétexte à une pause. Nous ramassons quelques figues de barbaries, je me pique un doigt et nous poursuivons. Dernière pause (km 84) nous jurons nous en dévorant tout ce qui nous reste. Mon sac pèse désormais deux tonnes, nous avons du mal à nous relever pour achever ce périple et justifions la longueur de la pause par le fait que le soleil qui est en train de se coucher projette un dégradé de couleur sur le sommet de la montagne enneigé que nous apercevons. Je juge même que ces couleurs chatoyantes mérite une photo en Noir et Blanc, puis à cours d’argumentaires, je reprends mon sac de trois tonnes. Urubambay est enfin en vue. De petites lumières nous indiquent que nous arrivons à notre but. Lucho utilise ses dernières forces pour demander où passe le bus pour Ollantaytambo et même essayer de convaincre le chef de gare qu’il devrait nous laisser prendre le prochain train, celui qui est gratuit pour les péruviens et qui ne contiens jamais de touriste. De mon côté je trouve la dernière épicerie du village encore ouverte et emporte deux bouteilles de Gatorade, des fruits et croyant reconnaître des Haba je prends des petits pois. Comme c’est le jour des élections, le minibus qui arrive est déjà bien plein. Les gens sont retournés voter où ils étaient inscris (les élections sont obligatoires) et une fois le devoir accomplis, ils rentrent. Nous nous frayons un passage puis une place et nous laissons bousculer par la route qui alterne les zones goudronnées et les zones de terres à grandes ornières sans raison apparente. Arrivée à Ollantaytambo, je m’aperçois que dans la ville tout le monde est dehors. Ils attendent le résultat des élections ( ?) Tant mieux, je suis tellement vidé que je ne sais pas comment j’aurais pu rejoindre Cusco ce soir. A bout de force, j’entre dans le premier restaurant que je vois pour demander où nous pourrions dormir, le joyeux « Qué Tal » que me lance la patronne me fauche plus qu’il ne m’accueille. Je tombe assis sur un tabouret, le regard complètement hagard. Elle me d’où je viens, je lui fait un résumé des cinq pages et elle rigole en me demandant si c’est bien un hôtel économique que je recherche. Sa seule proposition est à l’autre bout de la ville, j’ai un air de plus en plus découragé. Son fils me propose alors d’installer une tente dans le jardin derrière le restaurant, comme il fait déjà froid, personne n’ira utiliser les tables extérieures. Je vais chercher Lucho qui repose les mêmes questions que moi et me confirme que nous avons un hébergement pour 5 soles la nuit, un accès au menu économique à 6 soles au lieu de 8 et l’indication pour accéder à l’entrada économico des ruines de la ville. En montant la tente, nous apprenons que Allan Garcia est en tête de plus de 6 points. La foule que j’ai vu en arrivant n’attendait pas le résultat des élections mais la grande procession pour fêter le saint patron de la ville. Toute la nuit, des danseurs se relaieront devant le parvis de l’Eglise. Quand nous partons nous coucher épuisés ils commencent à peine. Le lendemain au réveil, il ne reste plus que des musiciens et quelques troncs d’arbres fumant. Nous nous séparons là Lucho et moi, lui parts vers Pisca, moi vers Cusco, je n’ai finalement rien vu des élections tel que je le souhaitais, mais l’aventure fut belle. Je lui confirme que je vais rester quelques mois de plus en Amérique du Sud et lui promet de lui dire par où je vais passer pour que nous essayons de nous retrouver. Je m’endormirai dans l’infernal minibus entre Ollantaytambo et Cusco, bousculé par la route et la foule qui montent, descendent et virent sans cesse. A Cusco je n’aurai que le temps de trouver une dizaine de films de plus et mon bus pour Puquio sera déjà au départ, 12 heures de routes, une arrivée à quatre heures du matin complètement gelé. Je m’étais déjà habitué au doux climat de l’arrière pays. A+ |